Cher investisseur indépendant,
SpaceX a déjà perdu 30 % depuis son pic.

Pour ma part, je ne suis absolument pas surpris de cette dégringolade.
Je l’avais anticipée dès le début de l’IPO, et j’avais même organisé un live pour prévenir mes lecteurs à l’avance :

(Peut-être y avez vous participé ?)
Et pourtant malgré l’évidence de cet échec…
Les experts continuent de recommander la société aux particuliers.
A commencer par la célèbre Cathie Wood (Ark Invest), qui rachète même des actions de la société d’Elon Musk.
Et d’ordinaire, j’ai tendance à suivre avec attention ce que fait Cathie Wood.
Mais cette fois, je dois bien le dire :
Je ne suis pas du tout d’accord avec Cathie Wood.
Alors reprenons pour comprendre (et ne pas se laisser avoir).
Le 12 juin, SpaceX est entrée en bourse au prix le plus élevé de l’histoire des IPO :
85,7 milliards de dollars levés, une capitalisation qui a dépassé Amazon en quelques heures.
Cathie Wood, elle, a acheté le jour même. Puis elle a racheté début juillet.
Et dans sa dernière note, elle promet à SpaceXAI plusieurs milliers de milliards de dollars de capitalisation d’ici 2030, portée par Starlink et l’IA en orbite.
Son raisonnement est solide sur le papier :
Starship rend chaque lancement 20 fois plus rentable, Starlink pourrait ainsi générer 550 milliards de dollars de revenus par an en 2035, et les contrats avec Anthropic et Google prouveraient que SpaceX peut déjà monétiser son IA.
Sauf que.
Depuis son pic du 16 juin à 225,64 $, l’action a perdu environ 34 %.
Elle est même repassée sous son prix d’ouverture de 150 $ le 23 juin.
Aujourd’hui, le marché valorise l’entreprise à 1 800 milliards de dollars : loin des 2 000, puis 3 100 milliards que projette ARK Invest.
Si vous avez acheté après le premier jour de cotation, comme la plupart des investisseurs particuliers, vous avez déjà perdu une sacrée somme.
Et cette correction n’est pas un accident de marché.
C’est la conséquence de trois failles précises, que le rapport d’ARK Invest ne mentionne jamais.
1-Vous n’aurez jamais votre mot à dire
SpaceX a choisi une structure à deux classes d’actions.
Les actions Classe B, réservées à Elon Musk et ses proches, valent 10 voix chacune.
Les actions Classe A, celles que vous pouvez acheter, valent une voix.
Résultat : Musk contrôle 85,1 % du pouvoir de vote de l’entreprise, alors qu’il a lui-même déclaré par le passé qu’un plancher de 25 % lui suffisait pour diriger « à sa façon ».
Vous ne posséderez jamais une part de contrôle.
Vous posséderez un strapontin.
Certains me diront que Musk est un visionnaire, et qu’il vaut mieux que ce soit lui qui ait le contrôle.
Soit.
Mais en septembre, 44 % des actions détenues par les investisseurs historiques et les employés sortent de leur période de blocage.
Ce qui veut dire que si une partie décide de vendre en masse — ce que font très souvent les actionnaires historiques d’une IPO surchauffée — vous n’aurez aucun moyen de vous y opposer.
Vous ne pourrez qu’encaisser la baisse.
2- Plus grave : les chiffres réels contredisent déjà l’histoire qu’on vous raconte
Cathie Wood met en avant les contrats d’infrastructure avec Anthropic et Google pour démontrer que la branche IA de SpaceX est sur le point de devenir rentable.
Sauf qu’en 2025, cette même division a généré 3,2 milliards de dollars de revenus… pour 6,4 milliards de dollars de pertes d’exploitation.
Sa branche lancement (Starship et fusées), pourtant présentée comme le moteur de toute la thèse, a perdu 657 millions de dollars sur 4,1 milliards de revenus.
Au total : une perte nette de 5 milliards de dollars, et des dépenses d’investissement qui ont plus que doublé en un an.
Face à ce trou, SpaceX a dû emprunter 25 milliards de dollars sur le marché obligataire…
11 jours après avoir levé 85,7 milliards en bourse. Je ne sais pas si vous réalisez.
La facture s’annonce déjà très salée : les taux grimpent jusqu’à 6,65 % pour les échéances 2056.
Et ces obligations, à peine émises, ont déjà perdu plus de 300 millions de dollars de valeur sur le marché secondaire.
Vous pouvez en croire mon expérience :
Quand le marché de la dette se met à douter d’une entreprise plus vite que celui des actions, c’est en général un signal à prendre très au sérieux.
3- La physique ne signe pas le même contrat que le tableur d’ARK Invest
C’est le point que personne ne vous explique, et c’est probablement la chose la plus importante que vous apprendrez aujourd’hui sur ces « data centers en orbite » qu’on vous vend comme la prochaine révolution.
Sur Terre, un centre de données se refroidit principalement par convection : de l’air (ou de l’eau) circule autour des serveurs et emporte la chaleur.
Mais dans l’espace, il n’y a pas d’air.
Donc pas de convection.
La seule façon d’évacuer la chaleur, c’est le rayonnement : il faut des radiateurs immenses, orientés loin du soleil.
Le problème, c’est que les panneaux solaires qui alimentent ces mêmes serveurs doivent, eux, être orientés vers le soleil.
Deux besoins opposés, sur le même satellite. Ajoutez à cela qu’en orbite basse, un satellite passe de la lumière à l’ombre toutes les 90 minutes environ : ce cycle thermique permanent fatigue l’électronique plus vite que sur Terre.
Autrement dit : l’argument de Cathie Wood selon lequel les serveurs en orbite coûteront moins cher que ceux au sol reste au mieux à démontrer.
Pour l’instant, c’est plutôt l’inverse qui est techniquement vrai.
Et pendant ce temps, la concurrence arrive
Le pari de 550 milliards de revenus d’ici 2035 repose presque entièrement sur la saturation du marché de la connectivité par Starlink.
Or Amazon (avec Kuiper, adossé au bilan d’AWS), OneWeb et les constellations chinoises comme Guowang montent en puissance au même moment.
Plus il y a d’offre de bande passante en orbite, plus il devient difficile pour SpaceX d’imposer ses prix.
Ma conclusion :
Ma conclusion n’a pas changé depuis le mois de juin : Même avec cette correction, je maintiens que Space X est un pari beaucoup trop spéculatif pour un particulier.
Vous achetez une action :
- sans droit de regard, sur une entreprise qui perd de l’argent sur ses deux segments les plus vantés,
- qui s’endette dans l’urgence onze jours après son IPO,
- dont 44 % du capital peut être vendu par les initiés dans deux mois,
- et dont l’argument technologique central sur l’IA en orbite se heurte à des lois de la physique que personne ne vous explique.
Je maintiens aussi que les initiés les mieux informés achètent tout sauf du Space X pour profiter du boom de l’IA.
À très vite,

Felix Baron

