Skip to main content

Cher investisseur indépendant,

Qui a vu passer ce graphique ?

Presque personne n’en parle.

Pourtant, l’information est énorme. Les bourses de Taipei (Taïwan) et de Séoul (en Corée du Sud) viennent de passer n°3 et n°4 mondiales, après Wall Street et Shanghaï.

Les places financières de Paris (3 400 milliards de dollars) et Londres (4 000 milliards de dollars) sont larguées.

C’est révolutionnaire.

Mais ce qui m’intéresse dépasse le classement mondial des Bourses. C’est ce que cela raconte sur le marché.

La place de Séoul et de Taïwan sur le podium était insoupçonnable il y a 6 mois. Derrière cette ascension, il y a une réalité très profonde :

L’intelligence artificielle est en train de redessiner la carte du pouvoir boursier mondial.

Les places fortes asiatiques de l’IA

Quand je pense à l’intelligence artificielle, je pense à Nvidia, Microsoft, Amazon, Meta, Tesla, Alphabet, OpenAI.

J’ai des images d’un aigle américain qui plane sur fond de bannière étoilée. Je pense aux USA, et c’est logique.

Mais comme le dit le patron de Nvidia, l’IA repose sur 5 couches : énergie, puces, infrastructure, modèles, applications. 

Jensen Huang, CEO de Nvidia et son concept de “gâteau à 5 couches”

Elle repose sur une chaîne industrielle immense. Et la partie matérielle, le “hardware” en amont de la chaîne de valeur provient largement d’Asie.

Les puces TSMC, la mémoire HBM de SK Hynix ou Samsung.
Les serveurs, les câbles, etc.

Et c’est là que Taïwan et la Corée du Sud deviennent centrales.

Taïwan est au cœur de la fabrication des puces avancées.

La Corée du Sud est au cœur de la mémoire et des semi-conducteurs.

Ces deux pays sont bénéficiaires du boom de l’IA, sont surtout devenus des infrastructures critiques de l’intelligence artificielle mondiale.

Et c’est pour cela que leurs Bourses explosent.

Mais attention.

Si cela monte, c’est parce qu’il y a pénurie sur certains composants. Et ce ne sont pas les économies taïwanaise ou coréenne qui montent de façon homogène.

C’est beaucoup plus concentré que cela. Et donc risqué.

À Taïwan, TSMC pèse 45% de la Bourse

À Taïwan, un nom domine tout : TSMC (Taïwan Semi Conductor Company).

TSMC fabrique les puces avancées utilisées par Nvidia, Apple, AMD, Broadcom et une grande partie de l’industrie technologique mondiale.

Les principaux clients de TSMC

Sans TSMC, pas de boom de l’IA. Et le marché l’a parfaitement compris.

Aujourd’hui, TSMC représente environ 45% de l’indice taïwanais, le TAIEX, aussi appelé Taiwan Weighted Index.

C’est beaucoup trop.

Cela veut dire qu’un investisseur qui achète “la Bourse de Taïwan” achète en réalité énormément de TSMC.

Et autour de TSMC, il achète aussi toute une constellation d’entreprises liées à l’IA :

  • Delta Electronics, pour l’alimentation électrique et le refroidissement des data centers ;
  • MediaTek, pour les puces ;
  • Foxconn / Hon Hai, pour l’assemblage de serveurs IA ;
  • ASE Technology, pour le packaging et les tests de semi-conducteurs ;
  • QuantaWistronWiwynn, pour les serveurs ;
  • Accton Technology, pour les équipements réseaux des data centers.

Autrement dit, Taïwan est devenue une sorte de Bourse industrielle de l’IA.

Mais avec une concentration extrême :

  • Quand TSMC monte, tout l’indice respire.
  • Quand TSMC corrige, tout le marché tousse.

En corée du Sud, la mémoire tire tout le marché

A Séoul, l’histoire est similaire.

L’indice principal s’appelle le KOSPI. Il regroupe les grandes entreprises coréennes : Samsung, SK Hynix, Hyundai, LG, etc.

Mais aujourd’hui, deux noms dominent : Samsung Electronics et SK Hynix. À elles deux, ces entreprises représentent environ 44% du KOSPI.

Là encore, c’est considérable.

SK Hynix est devenu l’un des grands gagnants mondiaux de la mémoire HBM, cette mémoire ultra-rapide indispensable aux puces d’intelligence artificielle.

La mémoire HBM, indispensable au fonctionnement des cartes graphiques Nvidia

Sans mémoire HBM, les puces IA perdent une partie de leur efficacité.

Et comme Nvidia, AMD, Broadcom et les géants du cloud ont besoin de toujours plus de puissance de calcul, SK Hynix s’est retrouvé au centre du jeu.

Samsung, de son côté, reste un géant mondial des semi-conducteurs, de la mémoire, des smartphones et de l’électronique.

Il a parfois été en retard sur certains segments liés à l’IA, notamment la HBM, mais il reste incontournable.

Résultat : quand on achète l’indice KOSPI aujourd’hui, on achète une exposition massive à :

  • Samsung ;
  • SK Hynix ;
  • la mémoire ;
  • les semi-conducteurs ;
  • les dépenses IA des géants américains ;
  • les data centers.

C’est très puissant.

Mais c’est aussi très fragile.

Les 3 questions gênantes

Quand vous achetez l’indice CAC40, vous achetez du luxe, de l’énergie, de la banque, de l’industrie, de la santé, des télécoms.

Aux USA, le Nasdaq ou le S&P 500 vous permettent d’acheter de la tech, des banques, de la grande consommation, de la santé, de l’énergie, de l’industrie.

Mais à Taïwan ou en Corée du Sud, les indices sont dominés par 3 sociétés.

Donc en achetant le TAIEX ou le KOSPI, c’est une thèse qu’on achète : le boom de l’intelligence artificielle va continuer.

(Et la pénurie sur les semi-conducteurs et la mémoire HBM va suivre.)

Et c’est là que le risque commence.

Car tant que les dépenses IA des hyperscalers (Microsoft, Amazon, Meta, Google, etc.) augmentent, tout va bien : data centers, puces, mémoires, s’écoulent sans peine.

Mais cela repose sur des circonstances de marché bien précises : forte demande, soutien des états, pénurie de certains produits.

Un contexte qui balaie certaines questions gênantes :

#1 “Où sont les profits ?”

#2 “Nvidia peut-elle encore battre les attentes ?”

#3 “Combien devrait coûter la mémoire HBM ?”

#1 – Si le marché commence à douter du retour sur les investissements colossaux en IA, le marché va freiner, et risque même de déraper. Et si les dépenses ralentissent, toute la chaîne en aval ralentit aussi : SK Hynix, Samsung, TSMC, Foxconn, seront impactées

#2 – Pour l’instant, la règle est simple : Nvidia fait le gros du marché de l’IA. Mais si Nvidia déçoit sur ses commandes, ses marges ou ses perspectives, cela peut immédiatement peser sur les fournisseurs asiatiques.

#3 – Les semi-conducteurs et la mémoire HBM sont devenus des “matières premières de l’IA”, comme le pétrole ou la tonne de fret. Si la production se met à niveau, que les stocks sont plus importants, les prix actuellement élevés peuvent se retourner, d’un coup.

Les places boursières de Taipei et Séoul sont donc fragiles.

Et je ne parle pas du risque géopolitique autour de Taïwan, zone de tension majeure avec la Chine. La moindre étincelle peut faire remonter la prime de risque sur toute la place boursière… qui dépend d’une seule entreprise, TSMC.

Un seul ratio qui dit tout

Il y a un chiffre qui résume la situation : la capitalisation boursière de Taïwan représente aujourd’hui environ 4,6 fois son PIB.

À titre de comparaison, c’est 0,8x le PIB en Chine, 1x en France, 2,0x en Corée, et 2,1x aux USA. 

Et pourtant, les États-Unis sont déjà un marché très financiarisé.

La bourse taïwanaise n’est pas quatre fois plus forte que son PIB.

Mais elle est valorisée comme un actif stratégique mondial, le cœur industriel de l’IA.

C’est fascinant, mais c’est aussi dangereux : une valorisation aussi élevée laisse peu de place à la déception.

Le vrai danger vient du fait qu’une correction des bourses de Séoul et Taipei se transmette au reste du marché mondial.

Parce que TSMC, Samsung et SK Hynix sont des maillons de la chaîne. Si le marché doute de ces 3 entreprises, il doutera de toutes les autres : Nvidia, Broadcom, AMD, Micron, ASML, etc.

Attention, pas “d’alerte à la bulle” ici : Taïwan et la Corée sont des économies “solides”. Leurs entreprises génèrent du chiffre d’affaires, produisent des composants indispensables, au cœur d’une transformation industrielle majeure.

Le risque dont je parle, c’est la concentration.

Quand un marché entier dépend de deux ou trois valeurs, il devient vulnérable. Même si ces valeurs sont excellentes, robustes et stratégiques.

C’est le paradoxe actuel : Taïwan et la Corée sont plus importantes que jamais pour l’économie mondiale. Mais leurs marchés boursiers sont aussi devenus plus fragiles.

Si le boom de l’IA s’intensifie, les premiers signaux ne viendront pas de Wall Street.

Mais sans doute de Taïwan. Ou de Séoul. Peut-être même du Japon ou de la Suisse.

L’IA est une chaîne mondiale. 

À très vite,

Felix Baron