Cher investisseur indépendant,
Qui se souvient de cette fable de La Fontaine ?
Le prix est un diamant que le marché poursuit,
Un caprice, un éclat, qui brille et puis s’enfuit ;
La valeur est le tronc, la racine et la sève :
L’un n’est qu’un vain reflet, l’autre un chêne qui s’élève.
Si Le Diamant et Le Chêne ne vous dit rien, c’est normal.
Je l’ai écrite ce matin, et ces 4 lignes parlent de bourse.

Et plus particulièrement, de l’écart qui existe entre la valeur et le prix d’une action.
Un écart fondamental, que vous devez avoir en tête, et qui se résume par la formule suivante : le prix, c’est ce que vous payez ; la valeur, c’est que vous avez.
Avoir cette formule en tête permet de repérer les diamants, les chênes, et de savoir si vous êtes sur le point de “faire une folie”, ou d’investir pour 3 siècles.
Car les marchés bougent, et avec le temps le cours des actions valsent souvent entre leur valeur réelle et le prix que le marché décide de leur donner.
Et je vais vous raconter l’histoire d’une société qui illustre bien cette valse.
Une valse qui va vous être bien utile dans les semaines à venir.
L’illusion d’optique en 4 lettres
Regardez bien le cours de cette action que je laisse anonyme pour le moment :

Elle était à 650 il y a 5 ans, aujourd’hui à 560. L’action a perdu 11%.
Sur 5 ans, il n’y a pas de tendance forte qui se dégage.
A l’aveugle, j’ai l’impression d’avoir à faire à une société en croissance quasi-nulle sur un marché qui stagne.
Et je me dis aussi que si cette société avait au moins un bilan robuste, les investisseurs de long terme qui cherchent la sécurité auraient fait monter son cours (en ces temps de volatilité).
Et j’aurais tout faux.
Car ce graphique est celui de l’action de la société MSCI (Morgan Stanley Capital International), qui crée des indices boursiers sur lesquels sont émis des ETF.
Si vous avez déjà acheté un ETF ces 4 lettres “MSCI” vous disent forcément quelque chose.
MSCI World… MSCI Asia… MSCI Emerging Markets…
Cette société a bénéficié de l’explosion littérale des ETF dans le marché depuis 2020.
1 seul chiffre à retenir : les ETF sont passés de 6 370 milliards de dollars d’encours investis début 2020… au sommet historique de 23 110 milliards de dollars à la mi-2026 (x 3,6 en 6 ans ! Source : ETFGI)
Et pourtant, depuis 5 ans, le cours de MSCI est frustrant.

L’action est dans le rouge. Et pourtant, à côté de ça le chiffre d’affaires de la société est en croissance continue (+10% rien que sur le dernier trimestre)… (en bleu ci-dessous)
La société dispose d’un business model ultra fiable : les résultats sont très largement bénéficiaires (en jaune ci-dessous)

Tout va bien pour MSCI… mais ça ne décolle pas.
Avouez que pour un investisseur rationnel, il y a de quoi s’arracher les cheveux !
Mais souvenez-vous : le marché a toujours raison.
La preuve, il y a des investisseurs aujourd’hui prêts à acheter et vendre MSCI à 560 dollars l’action.
La différence c’est qu’aujourd’hui ils achètent un chêne.
Et qu’il y a 5 ans, MSCI était valorisée comme un diamant.
Comment savoir si c’est cher en 10 secondes
Revenons un instant sur le modèle de MSCI. Cela vous évitera de faire la même erreur dans vos prochains investissements…
Car vous allez voir que ce piège va être tendu dans les prochains mois aux particuliers.
MSCI crée des indices boursiers puis vend des licences à des sociétés à des gros fonds (BlackRock, Amundi, Vanguard…).
Et à chaque fois que de l’argent est investi dans un ETF sur ses indices, MSCI récupère une commission.
C’est un modèle qui fonctionne extrêmement bien :
- 3,1 milliard de dollars revenus en 2026
- 1,8 milliard de profit opérationnel
- Soit une marge colossale de 58 % (!)
En clair : MSCI vend très bien, et MSCI est très rentable.
Et il n’y a pas de raison que ça change, car elle est devenue un véritable standard pour les investisseurs en ETF.
Comme changer d’indice est très coûteux pour un fonds, le taux de rétention de MSCI atteint 97,5 %.
Sur le papier, MSCI est donc un investissement en or.
Un monopole avec une rente.
Ce positionnement valait cher il y a 5 ans, très cher : 70 fois les bénéfices (ratio “PER” de 70x).
Normalement, les sociétés du secteur financier sont plutôt valorisées en moyenne à 20 fois leurs bénéfices (ratio PER de 20x).
Et cette “cherté” de MSCI en 2021 explique le parcours qui a suivi.
Vu son profil et l’émergence des ETF, les investisseurs de 2021 anticipaient déjà une croissance exceptionnelle.
Et ils ont eu raison, MSCI a bien connu la croissance qu’on attendait.
Mais cette croissance était déjà intégrée dans le prix de l’action.
Car en 2021 (souvenez-vous du contexte de sortie de confinement), très rares étaient les entreprises avec une telle garantie de croissance et de rentabilité.
Donc tout le monde voulait du MSCI ! Et c’est ce qui a augmenté fortement son cours à l’époque (+138% en pleine crise Covid!) – jusqu’à atteindre des sommets sans plus de lien avec sa valeur réelle.
Et par la suite, le marché était habitué à voir MSCI comme un diamant.
Mais dès qu’il ne brillait plus aussi fort qu’avant (une croissance forte, mais aussi forte qu’avant)… Les investisseurs s’en détournaient.
Donc je vous recommande de bien comparer le PER des actions avec 2 éléments :
- la moyenne des PER du secteur (demandez à l’IA ou à Google)
- le niveau de PER sur les dernières années.
Vous saurez plus facilement si une action est chère par rapport au marché, ou par rapport à son passé.
Aujourd’hui le PER de MSCI est à 30x.
C’est moins cher qu’en 2021, mais si le marché ne se rue pas dessus, c’est aussi qu’il y a maintenant des pépites de la tech, de l’IA ou de l’énergie à ce même niveau de PER…
Le piège à éviter dans les prochaines semaines
Je vous propose d’écrire votre morale à cette fable :
Avant d’investir, la qualité d’une entreprise ne suffit pas.
Il faut impérativement vérifier sa valorisation.
Et sentir “ce que veut le marché”.
En ce moment, le marché veut de la croissance dans la tech et l’IA.
À très vite,

Felix Baron

