Cher(e) membre du Club,
Vous pensez connaître le TACO.
Mais je pense à autre chose qu’à cette galette de maïs du Nouveau-Mexique.
À Wall Street, “TACO” signifie : “Trump Always Chickens Out”. En français, Trump finit toujours par se dégonfler (par faire sa poule mouillée).
Et de fait, il n’a jamais été au bout des droits de douane prohibitifs. Il les brandit à chaque fois pour mettre la pression avant de négocier.
Et cette semaine, Donald Trump a encore reculé. En dévoilant au monde entier un élément précieux pour investir :
Dans un monde surendetté, le vrai pouvoir se joue dans la confiance et les taux d’intérêt.

Hier, Trump a annoncé être parvenu à un accord sur le Groenland avec le chef de l’OTAN.
Il a donc renoncé aux droits de douane supplémentaires qui devaient entrer en vigueur le 1er février. Mais ce revirement éclair n’a rien de diplomatique.
C’est un volte-face purement financier.
Depuis plusieurs semaines, Trump multipliait les menaces contre l’Europe. Sauf que cette fois, les marchés ne l’ont pas applaudi. Ils l’ont sanctionné.
Regardez les chiffres, juste avant son annonce :
- Le S&P 500 a signé sa pire séance en trois mois.
- Le dollar a perdu près de 1 % en une journée.
- Mais surtout, le signal le plus dangereux est venu du marché de la dette :
Le taux américain à 10 ans a bondi de +7 points de base. Pour le grand public, c’est invisible. Pour Washington, c’est une alerte rouge.
Parce que les États-Unis vivent à crédit. La dette fédérale américaine dépasse aujourd’hui 34 000 milliards de dollars ! (10 fois la dette de la France)
Une augmentation de +0,07% sur leur taux d’intérêt, c’est une charge supplémentaire de 27 milliards de dollars par an. Pour vous donner une idée, c’est l’équivalent du budget :
- de la NASA
- de l’ICE (le service de contrôle de l’immigration)
- de la recherche fondamentale
- ou du Département de la Justice.
En 2024, à cause de l’augmentation du taux des obligations, le coût de la dette a dépassé 1 000 milliards de dollars. C’est plus que le budget de la défense américaine.
Et c’est là la vraie faiblesse de Trump, et des USA.
Pour vendre les obligations américaines dans ce contexte d’incertitude, les taux montent. Il faut payer les investisseurs face au risque.
Et ces derniers jours, une expression a commencé à circuler dans les salles de marché :
“Sell America”.
Traduction : vendez la dette américaine pour faire pression sur Washington.
C’est pour cette raison qu’hier, le fonds de pension suédois Alecta a annoncé avoir vendu 8,8 milliards de dollars de bons du Trésor américain.
Alecta gère l’épargne retraite de millions de Suédois. C’est un investisseur de long terme, réputé prudent.
Quand ce type d’acteur réduit massivement son exposition à la dette américaine, le message est clair : la confiance n’est plus acquise.
Trump a fini par reculer.
C’est une nouvelle preuve que les États peuvent menacer et les dirigeants gesticuler, mais quand le marché de la dette vacille, la politique recule.
Je me répète.
Dans un monde surendetté, le vrai pouvoir ne se joue plus dans les discours ou les traités, mais dans la confiance et les taux d’intérêt.
Car les taux d’intérêt sont le thermostat du système financier mondial.
Quand le risque augmente, ils montent pour freiner les excès ; quand la confiance revient, ils baissent pour relancer l’activité.
Ils assurent l’équilibre entre dette, actions, immobilier et devises, et empêchent les déséquilibres de devenir incontrôlables.
Autrement dit, les taux ne servent pas seulement à financer les États : ils maintiennent une stabilité mondiale en rappelant en permanence le prix réel du risque.
À très vite,

Felix Baron

