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Cher investisseur indépendant,

Le voyant de carburant de ma voiture était allumé depuis trop longtemps. 

Alors j’ai dû affronter ce que je redoutais, et hier j’ai payé 15 litres de carburant… à 30 euros (à ce prix-là, je n’ai pas fait le plein).

Prix scandaleux à la pompe pratiqués à Paris (et les gens font la queue !)

Sur le chemin du retour, j’ai fait un petit calcul qui m’a donné une intuition : le baril de pétrole a cessé d’être une « commodité » avec un prix fixé pour une matière première.

C’est un indicateur de stress économique et géopolitique.

Avant de rentrer dans les détails, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à propos du baril de pétrole.

  • La mauvaise nouvelle, c’est que le marché du pétrole est « injuste ».
  • La bonne, c’est que vous pouvez en profiter (et que l’essence pourrait baisser d’ici quelques semaines).

Alors maintenant, les détails.

Et je commence par la bonne nouvelle : si vous surveillez un peu le prix du baril de pétrole, vous pouvez anticiper le comportement du marché boursier (à très court terme). 

Regardez bien le graphique : quand le pétrole augmente, la volatilité (VIX) aussi, et les indices boursiers baissent (mais ce n’est pas toujours le cas, j’y viens).

À la fin de cet article, vous aurez 3 niveaux d’alerte sur le pétrole et un temps d’avance sur le rebond… ou sur le repli.

Niveau 1 : le pétrole entre 92 et 95 $

C’est le signal bas que guettent mes confrères négociants en matières premières.

Je suis en contact privilégié avec eux depuis la plateforme mondiale de négoce : Genève, à quelques encâblures de mes bureaux.

Un baril de pétrole (Brent pour l’Europe, WTI pour les USA) qui reste au-dessus de cette borne indique un support majeur.

Cela veut dire que tant qu’il est négocié à ces prix-là, le marché anticipe qu’il ne baissera pas brutalement.

Pourquoi ?

Parce que c’est une zone où beaucoup d’investisseurs ont acheté du pétrole ces derniers mois. Et ces mêmes investisseurs auront envie de soutenir le marché, pas de voir leur position en perte.

C’est aussi un niveau proche du coût de production de nombreux producteurs américains de pétrole de schiste. Des producteurs qui n’ont pas envie non plus de vendre à perte.

Tant que le baril oscillera autour de 92 $, il y aura des acheteurs.

Niveau 2 : le pétrole à 100 $

« Le baril à 100 balles » : un chiffre rond très surveillé par les marchés.

Avec une première chose à comprendre : 100 $, c’est le pivot psychologique du baril.

Les investisseurs préfèrent le voir à 99,9 $ plutôt qu’à 100,1$ – comme vous et moi au supermarché.

En réalité, c’est aussi un niveau très important dans les marchés d’options.

Et c’est important d’en parler un instant : 90% des transactions sur le pétrole sont financières, c’est à dire des contrats « futures » ou des options.

(Autrement dit : 10% des opérations d’achat ou de vente concernent des barils, qui seront physiquement échangés, transportés, stockés et consommés)

C’est ce que j’entends par marché « injuste » : le prix du baril ne dépend pas de sa consommation, mais de la spéculation.

Et sur ce marché financiarisé et spéculatif, le chiffre rond de 100 est extrêmement surveillé par les algorithmes de trading :

  • C’est le prix moyen du marché depuis plusieurs mois…
  • …Car beaucoup d’options sur le pétrole ont un strike (un prix d’exercice) à 100 $ (toujours pour la même raison psychologique « si le pétrole passe les 100 $, il va continuer à monter »)

Donc quand le pétrole passe les 100 $ : 

  • Les acheteurs du baril « produit fini » veulent vite faire leurs stocks avant que ça monte encore – première pression haussière
  • Les investisseurs qui ont pris des options d’achat à 100 $ les exercent et achètent réellement – deuxième pression haussière
  • Les vendeurs d’options d’achat (qui perdent leur pari puisque le pétrole monte) doivent racheter du pétrole pour couvrir leur perte – troisième pression haussière

Et pas besoin de vous réexpliquer que la mécanique s’inverse quand le baril passe sous 100 $ : la pression du marché devient triplement vendeuse.

Si vous voulez apprendre un terme de jargon, on appelle cet effet autour des 100 $ un « effet gamma ».

Mais le plus important est de retenir que le baril à 100 $ amplifie la volatilité.

Niveau 3 : le pétrole entre 115 et 120 $

Et je dirais même : avec une zone de résistance explosive entre 118 et 120 $.

Quand je vous écris ce mail, le baril est à 116,43 $.

Prix du baril de Brent en $, sur 3 mois

Cette zone est critique parce qu’elle correspond à un indicateur de stress géopolitique, aux pics atteints lors de certaines crises énergétiques. 

À partir de 120$, le prix du pétrole n’a plus rien à voir avec sa consommation finale.

Et si d’aventure le marché y va, il commencera à anticiper :

  • Soit une vraie perturbation du détroit d’Ormuz ;
  • Soit une guerre régionale durable.

Il semble qu’on ait un peu les deux. Le problème, c’est que dans ce flou, les décisions brutales s’amplifient.

Prenons le cas des hedge funds (fonds spéculatifs). Ils sont pour la plupart vendeurs de pétrole depuis 2023, en pariant sur sa baisse.

La situation d’un baril en hausse au-dessus de 100 $ depuis 3 semaines ne leur plaît évidemment pas, mais alors si le pétrole casse nettement au-dessus de 120 $…

Cela pourrait déclencher une cascade de rachats de leurs positions baissières, pour limiter leur casse. Et quand on rachète quelque chose qui monte…

Dans ce cas, 140 $ pourrait arriver très vite.

(deuxième terme de jargon : racheter en urgence une position baissière qui monte s’appelle faire un « short squeeze »).

Le tunnel sans fin : entre 90 et 120 dollars

Malgré la forte volatilité actuelle, beaucoup de hedge funds pensent que le pétrole peut évoluer dans un large couloir compris entre 90 et 120 dollars.

Les hedge funds n’ont pas complètement tort

Donc 2 niveaux qui n’ont rien à voir, mais qui peuvent contingenter les variations. Ceci s’explique par l’équilibre entre 2 forces opposées :

  • Une force baissière liée à la fragilité de la croissance mondiale (on a besoin de pétrole, mais un peu moins qu’avant) et surtout de la demande chinoise (premier importateur de pétrole du Moyen-Orient). Notons que les USA produisant leur propre pétrole de schiste réduisent d’autant la demande venant du Golfe.

Ces facteurs de baisse pourraient ramener le pétrole entre 85 et 90 $ le baril en temps « normal ».

  • Une force haussière liée d’abord à la structure du marché : l’OPEP continue de contrôler relativement strictement son offre. Ce qui fait que peu de pays producteurs ont un potentiel d’offre supplémentaire important. Par ailleurs, les investissements dans l’exploration pétrolière ont été relativement faibles au cours des dernières années.

Cela signifie que le système pétrolier mondial dispose de moins de marge de sécurité qu’auparavant.

Dans ce contexte, le moindre choc géopolitique peut provoquer une hausse rapide des prix. Comme on le connaît actuellement.

La relation entre pétrole et volatilité

Rappelez-vous le graphique du début : l’indicateur de la volatilité (le VIX) semblait corrélé au prix du baril.

Et inversement, plus le VIX monte, plus les indices boursiers baissent.

C’est plutôt simple pour anticiper le marché : si le pétrole monte, les bourses vont probablement baisser (pas toutes les valeurs bien sûr, mais la moyenne pondérée oui).

Mais ATTENTION !

Cette relation #1 entre prix du baril, indice VIX de la volatilité et baisse des indices boursiers n’est valable : 

  • Que pour le court terme (à horizon de quelques semaines)
  • ET surtout dans un contexte de stress géopolitique, justifié en ce moment par la situation en Iran et à Ormuz.

Il peut y avoir 2 autres cas où la volatilité (indice VIX) augmente :

  • Relation #2 – Anticipation d’une récession car croissance faible (et donc moindre consommation d’énergie) = le pétrole baisse (c’est ce que nous connaissions depuis 2020)
  • Relation #3 – Crise financière (type 2008) : le VIX explose et tout le monde vend ses positions dans la panique, et tout baisse en même temps, le pétrole avec.

Il n’y a donc pas de corrélation valable en permanence, mais des relations selon le contexte. Et tant qu’on sera en stress géopolitique au Moyen-Orient, la relation #1 a toutes les chances de vous éclairer.

Bons investissements et bonne route vers votre liberté,

Felix Baron